juin 2008

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            

Liens commerciaux

Go

  • Rédacteur Agoravox
  • My status
  • View Christophe Vigliano's profile on LinkedIn

Welcome

View

  • Voici quelques photos prises soit avec un Canon 5D, soit avec un Minolta Dynax, soit avec un ...Nokia. Enjoy! Follow the link...

del.icio.us/christophevigliano

Business is Business

Les notes récentes

Pub!

« Le choc des mutants ? | Accueil | Google Adwords… en tirer le meilleur pour éviter le pire. »

05 juin 2007

Le business contre-attaque! Le tao au fusil?

Comme promis, quelques questions en retour à Nathalie Chassériau.Saintmand

Christophe Vigliano :

Comment, d’après vous, le TAO doit s’appliquer dans le monde des affaires ?

 

Nathalie Chassériau :  

Le Tao se pratique, il ne s’applique pas. Ce n’est pas une recette, ni même une philosophie. En fait le Tao est la notion la plus difficile du monde, car il est impossible de la définir. D’ailleurs le Tao Tö King, le grand texte attribué à Lao Tseu, commence par les phrases suivantes:

 

«Le Tao qu’on tente de saisir n’est pas le Tao lui-même.

Le nom qu’on veut lui donner n’est pas son nom adéquat»

 

Si on ne peut «appliquer» le Tao, on peut par contre s’efforcer de le suivre. Suivre est peut-être le mot clé: il s’agit de comprendre -non pas avec notre intellect mais avec notre sensibilité, notre intuition- quelle est la bonne façon de se comporter, en s’adaptant au cours naturel des choses: en le «suivant», comme on suivrait le courant d’une rivière. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Tao a souvent été comparé à une rivière ou à un fleuve, qui coule sans cesse, sans jamais dévier de son but: atteindre l’océan, c’est-à-dire le tout, la vérité ultime...

Pour répondre à votre question, dans le monde des affaires le Tao peut nous inspirer en nous portant à mieux écouter nos interlocuteurs, sans chercher à nous imposer coûte que coûte; à élaborer nos stratégies après une attentive analyse des conditions extérieures; à ne jamais agir précipitamment: toutes choses bien difficiles aujourd’hui, où partout les gens font exactement le contraire!

Christophe :

Ralentir nos actions dans les affaires reviendrait alors à aller à contre-courant des concurrents, et permettre ainsi de se différencier vraiment? Pourquoi pas sur le principe, encore faut-il avoir les moyens financiers d’aller moins vite… Comment aller contre autant de contraintes?

 

Nathalie :

Écouter, réfléchir, s’adapter, porte effectivement à ralentir. Mais ce qui compte, ce ne sont pas les résultats immédiats, souvent fugaces. Je ne suis pas le «porte-parole du Tao» (tant s’en faut!) mais ce qui me semble certain, c’est que celui qui renonce à sa façon de ressentir pour adapter son action à l’accélération généralisée et à la folie ambiante, est par définition un perdant. Il aura peut-être de petites satisfactions passagères, mais la Voie du Tao lui restera étrangère.

 

 

Christophe :

Comment se comporterait le dirigeant d’entreprise « taoïste » idéal ?

 

Nathalie :

Il ne faut surtout pas faire l’amalgame entre Tao et taoïsme. C’est une erreur très courante à propos de laquelle je mets en garde les lecteurs dans mon livre « Sagesse chinoise au quotidien ».

Le Tao -souvent traduit par «Voie»- est le but, l’objet même de la recherche de tous les sages chinois, qu’ils soient confucéens, taoïstes, ou autres. Le terme taoïsme a été inventé relativement tard, c’est une espèce de notion fourre-tout qui reconnaît Lao Tseu comme son père fondateur et contient des auteurs et des éléments fort disparates. Un dirigeant d’entreprise qui se fixerait pour but de suivre le Tao ne serait pas « taoïste » pour autant. D’ailleurs, il n’y a pas un, mais au moins trois «taoïsmes»: une philosophie, une religion et enfin des pratiques thérapeutiques pour conserver la santé et augmenter la longévité.

Pour revenir au comportement de notre dirigeant d’entreprise idéal (et tout à fait utopique), que devrait-il faire? Se soucier avant tout de donner le bon exemple à ses subordonnés: sa conduite devrait à chaque instant correspondre à ce qu’il exige d’eux et refléter principes et les valeurs qu’il défend. Choisir ses collaborateurs en fonction non seulement de leurs compétences, mais de leur intégrité et de leur droiture: en commençant par éliminer ceux qui ne pensent qu’à satisfaire leurs ambitions personnelles, ainsi que les fomenteurs d’intrigues et les colporteurs de ragots. Faire en sorte que chacun puisse exprimer ses propres talents et donner la mesure de ses capacités. Ce qui exige -nous y revenons- une grande écoute et beaucoup d’observation. 

 

Christophe :

 Je défends aussi l’importance de cette indispensable écoute alliée à l’observation. Mais pour que ce fonctionnement managérial porte ces fruits il faut également que les «subordonnés» soient dans le même état d’esprit. Comment faire prendre conscience à ses équipes qu’il est important que tout le monde conserve cette ouverture permanente ?

 

Nathalie :

Par la valeur de l’exemple. Si nous sommes toujours cohérents dans ce que nous disons et faisons; si nous ne renonçons jamais à nos convictions profondes, même lorsque les événements extérieurs sembleraient les contredire; si nous réussissons à aller à contre-courant de la pensée unique -de la folie unique!- parce que nous avons chois de suivre un autre courant -celui du Tao-, les autres finissent par s’en apercevoir. Et par se poser des questions.

Mais l’attitude que je décris demande une grande force, un grand courage. Et la capacité de supporter la solitude. Car on se sent souvent très seul, au milieu des fous qui sont convaincus d’avoir raison... et nous considèrent comme des fous!

 

Christophe :

Comment suivre le Tao dans la relation humaine lors d’un échange commercial?

 

Nathalie :

Suivre le Tao, c’est avant tout mettre son ego de côté et être à l’écoute de l’autre (et tant pis si je me répète). Je parle d’ «écoute» au sens large: on peut être -ou ne pas être- « à l’écoute » en lisant un e-mail aussi bien qu’en parlant au téléphone, en participant à une vidéo-conférence etc. L’écoute et l’attention -qui impliquent bien sûr le respect de l’autre- sont deux notions très proches; elles sont à la base même non seulement du Tao mais de toutes les traditions de sagesse. Malheureusement elles ont pratiquement disparu dans les relations professionnelles.

Suivre le Tao, c’est aussi avoir la vue large, être capable de penser à moyen et à long terme, sans se polariser par exemple sur le seul aspect financier de la relation. Un fournisseur qui brade ses services vous fera certes économiser dans l’immédiat, mais il n’est pas du tout certain que ce soit le bon choix.

 

Christophe :

Notre économie actuelle privilégie effectivement trop les résultats à court terme car les avancées technologiques, justement, ont tout accéléré. Les actionnaires sont aussi très pressés. Comment les ralentir ? En les amenant vers plus de spiritualité ?

 

Nathalie :

L’accélération est LE symptôme qui indique que notre civilisation est très proche de sa fin. Ce n’est pas un hasard si j’ai appelé mon blog  Vive la lenteur! L’accélération généralisée, qui indique que l’humanité est arrivée à la fin du crépuscule du Kali Yuga (l’ère des conflits) est décrite dans de très anciens textes indiens. Ceci ne doit pas empêcher ceux qui «voient» et « entendent » un petit peu mieux que les autres, de travailler à préparer le terrain pour la civilisation future.

Pour répondre à votre question: je ne pense pas que ce soit une bonne idée de vouloir «évangéliser» son entourage, surtout dans le monde des affaires. Il ne faut parler qu’à ceux qui sont prêts à écouter. Non, je pense que l’on peut amener les interlocuteurs à ralentir par la fermeté d’une part (sous-entendu: « C’est comme ça que je travaille et je n’ai pas l’intention d’accélérer ») et d’autre part, comme je l’ai déjà dit, par l’exemple. Vous savez, aussi aliénés, éparpillés qu’ils puissent être, les gens ressentent la différence d’une attitude posée, réfléchie, soucieuse d’honnêteté.

 

Christophe :

De quelle manière le développement d’Internet pourrait suivre la voie du TAO?

Je n’en ai vraiment pas la moindre idée! Internet s’adresse à la multitude alors que le Tao, comme toutes les traditions de sagesse, s’adresse à une élite. La sagesse authentique n’est pas à la portée de tout le monde. Voilà ce qu’en dit Lao Tseu :

 

«Lorsqu’un esprit supérieur entend le Tao,

 il le pratique avec zèle.

Lorsqu’un esprit moyen entend le Tao,

tantôt il le conserve, tantôt il le perd.

Lorsqu’un esprit inférieur entend le Tao,

il en rit aux éclats.

S’il n’en riait pas,

le Tao ne serait plus le Tao »  

 

Christophe :

Il faut donc mériter le Tao pour arriver à le pratiquer ? La sagesse ne peut pas être dans le petit effort de tous les jours?

 

Nathalie :

Bien sûr que si! La sagesse est dans chaque petit effort de chaque petite journée. Ce que veut dire Lao Tseu, c’est que nous ne sommes pas tous égaux, tous pareils, contrairement à ce que voudrait nous faire croire le mode de pensée actuel. Il y a des gens plus ou moins intelligents, plus ou moins sensibles, plus ou moins évolués, c’est-à-dire plus ou moins proches du Tao. Et tous les internets du monde ne pourront rien y changer. Le grand problème de notre époque, c’est qu’à trop vouloir mettre tout le monde au même niveau, la qualité descend, dans tous les domaines (relations, travail, culture, etc.). Alessandro Bariccco en parle très bien dans son livre «Les barbares-essai sur la mutation» qui sortira en français en septembre, chez Gallimard.

 

Christophe :

À propos de qualité, vous nous donneriez une citation confucéenne à propos des qualités humaines dans le travail?

 

Nathalie :

Vous direz que j’ai l’esprit de contradiction: moi qui vénère tant Confucius, je vais vous donner une citation de Tchouang Tseu, le génial penseur du III° siècle avant J-C:

 

«Les quatre abus dans la conduite des affaires sont le suivants: aimer à s’occuper de grandes affaires, profiter des situations anormales pour se faire un renom, c’est ce qu’on appelle de l’ambition. Chercher à accaparer les affaires en se prévalant de son savoir et en empiétant ainsi sur la tâche des autres, c’est de l’avidité. Voir ses fautes sans les corriger, entendre des remontrances et faire plus mal encore, c’est de l’obstination. N’approuver que ceux qui sont de votre avis et dénigrer ceux qui vous contredisent en dépit de leurs qualités, c’est du sectarisme». 

Tchouang tseu

 

Christophe :

 Tchouang tseu avait tout compris de ce qu’est un grand entrepreneur et manager! Dommage que vingt-trois siècles plus tard rien de tout cela ne soit encore réellement appliqué!

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/1055150/19073906

Voici les sites qui parlent de Le business contre-attaque! Le tao au fusil?:

Commentaires

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce weblog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Si vous avez un compte TypeKey ou TypePad, merci de vous identifier

Humour

Blog des entreprises

Journal du Net : l'actualité France en bref

Partenaires

  • Christophe Vigliano